Pourquoi le Maroc est devenu un leader africain de l’énergie solaire ?
Depuis les années 2000, le Maroc est en pleine révolution énergétique. Longtemps dépendant des combustibles fossiles (à hauteur de 95 % de ses importations énergétiques), le royaume a fait du solaire une priorité stratégique pour assurer sa sécurité énergétique et soutenir son développement économique. Mais comment le Maroc est-il parvenu à s’imposer comme leader africain de l’énergie solaire ? Décryptage en profondeur.
Une dépendance énergétique qui a fait bouger les lignes
Pendant longtemps, le Maroc importait l’essentiel de son électricité, ce qui le rendait vulnérable aux fluctuations internationales des prix du pétrole et du gaz. Confronté à cette fragilité, le pays a mis en place une stratégie pour accélérer sa transition énergétique. Dès 2009, les objectifs ont été clairement affichés : atteindre plus de 52 % d’énergies renouvelables dans le mix électrique d’ici 2030.
Une stratégie nationale audacieuse – MASEN en première ligne
MASEN (Agence Marocaine pour l’Énergie Durable) a été créée pour piloter cette transition. Sous son égide, le « Plan Solaire Noor » a été lancé, visant à développer 2 000 MW de capacité solaire d’ici 2020. Même si cette ambition n’a pas été entièrement atteinte, elle a donné naissance à des projets phares, parmi lesquels le complexe Noor Ouarzazate.
Noor Ouarzazate – un projet colossal devenu symbole
Le complexe solaire Noor Ouarzazate est le fer de lance de la stratégie solaire marocaine. Inauguré en 2016, il est aujourd’hui l’un des plus grands complexes au monde, avec une capacité totale d’environ 580 MW répartis en quatre phases – I et II (CSP à miroirs), III (CSP à tour) et IV (photovoltaïque)
Noor I (CSP) : inauguré en 2016, avec stockage, figure comme l’un des plus grands du genre
Noor II : 200 MW CSP, avec stockage de 7 heures, produit environ 600 GWh/an
Noor III : 150 MW CSP à tour, avec stockage thermique de plus de 7 heures et remise en service début 2025 après un arrêt technique
Noor IV : 72 MW photovoltaïque (PV), inauguré en 2018 .
Le complexe couvre plus de 3 000 hectares et peut produire de l’électricité même après le coucher du soleil, grâce au stockage par sels fondus.
Energie installée et production renouvelable
La capacité renouvelable totale du Maroc a franchi les 4,37 GW en 2023, avec une augmentation de 270 MW cette année-là. Parmi cette capacité :
Solaire : 817 MW (Noor et autres projets)
Éolien : 1 590 MW
Hydraulique : 1 770 MW
Selon l’AIE, la part de l’électricité d’origine solaire thermodynamique (CSP) a représenté 3 % en 2021, chutant à 2 % en 2022, tandis que le photovoltaïque est passé de 1,25 % en 2021 à 1,37 % en 2022 du mix national.
Perspectives futuristes – croissance du photovoltaïque
D’après un rapport de SolarPower Europe, le photovoltaïque au Maroc pourrait atteindre entre 2,17 GW et 4,35 GW d’ici 2028, bien au-delà des 0,32 GW de capacité cumulée en 2023. Cependant, le développement reste ralenti par des retards réglementaires, l’intégration au réseau électrique et une priorisation du CSP.
Défis techniques et technologiques
Le recours au CSP, malgré ses atouts en stockage, n’a pas été sans accrocs :
Des incidents techniques, comme une fuite au réservoir de sel fondu à Noor III en 2024, ont entraîné un arrêt d’un an avec des pertes estimées à 47 m$
Des critiques ont émergé sur les coûts élevés du CSP. Le Conseil économique, social et environnemental marocain a même recommandé d’abandonner le CSP en faveur du PV, plus rentable.
Le projet Noor Midelt I (800 MW) stagne en raison de désaccords sur la technologie entre MASEN (favorisant CSP + PV) et ONEE (préférant PV ou stockage batterie).
Impacts économiques et sociaux
Création d’emplois : Les projets ont mobilisé des milliers de techniciens, ingénieurs, et personnels locaux.
Attractivité internationale : Le complexe Noor a bénéficié de financements de plusieurs institutions : Banque mondiale, Banque africaine de développement, BEI, fonds Climat…
Réduction des émissions : Noor II doit permettre d’éviter 750 000 tonnes de CO₂ par an
Dynamique immobilière durable : Des projets résidentiels, par exemple à Témara, exploitent l’énergie solaire pour réduire les charges de 40 %
Pourquoi ce modèle inspire l’Afrique
Le Maroc montre la voie au continent. Sa stratégie énergétique proactive, ses infrastructures innovantes et sa gestion des partenariats publics-privés sont un modèle pour de nombreux pays africains.
L’avenir – hydrogène vert et exportation
Le solaire marocain est également un levier pour la production d’hydrogène vert compétitif, en tirant parti du potentiel croissant des installations PV. De plus, le pays vise à exporter sa production verte vers l’Europe, renforçant son rôle de hub énergétique régional.
FAQ – Questions fréquentes
Q1. Quel volume d’électricité solaire produit le Maroc ?
D’après l’AIE, le solaire (toutes technologies confondues) représentait 4,3 % de la production nationale en 2021, puis 3,4 % en 2022.
Q2. Quels sont les avantages du solaire au Maroc ?
Sécurité énergétique, investissements étrangers, emplois, réduction des émissions CO₂ et indépendance vis-à-vis des marchés fossiles.
Q3. Le Maroc exporte-t-il déjà son énergie solaire ?
Pas encore massivement, mais les projets d’hydrogène vert et d’expansion PV devraient permettre des exportations vers l’Europe à moyen terme.
Conclusion – Vers une énergie solaire durable et partagée
Le Maroc illustre comment un pays peut transformer sa situation énergétique par la volonté politique, la planification stratégique et l’innovation technologique. Le complexe Noor, symbole de cette ambition, a permis au royaume de devenir un pionnier continental du solaire. Malgré les défis (coûts, technologies, infrastructures), le Maroc regarde vers l’avenir avec confiance : renforcement du PV, hydrogène vert, coopérations régionales. L’histoire est en marche, et elle brille en lumière solaire.


